Deux voix pour dire comment l’éphémère peut devenir ce qu’il y a de plus durable.
Dans À la recherche du temps perdu, les passantes sont éternelles. Mlle de Stermaria s’éclipse, mais son empreinte perdure. Et comme souvent les personnages de Proust, sa figure conjugue le clair et l’obscur.
Brigitte Albert-Jacouty, professeur de lettres classiques, en montre la face radieuse. Autour d’Alix de Stermaria, tout s’illumine : la Bretagne, le sang bleu, l’île du bois, la brume… Le rêve s’ouvre, le paysage devient promesse, la beauté matériau d’écriture. Le plaisir différé s’y transmue en éternité ; le bonheur, même suspendu, devient création.
Marianne Brody-Baudin, en psychanalyste, se penche sur son versant sombre : l’inabouti, la frustration, la blessure d’enfance qu’elle entretient chez le Narrateur. Alix de Stermaria traverse le roman comme une ombre, en figure du manque et de la douleur du désir. C’est la littérature du jamais atteint, de ce qui brûle et se dérobe.




